Perspectives légèrement sombres après les élections

Col EMG Stefan Holenstein, Président Socitété Suisse des Officiers (SSO) –
publié dans l’édition no. 12/2019 de l’ASMZ

Le glissement du Parlement vers la gauche lors des élections fédérales du 20 octobre 2019 a été plus marqué que prévu. Les Verts détiennent désormais 28 sièges (+17) et les socialistes 39 (-4). Dans le même temps, les partis du camp bourgeois perdent leur majorité en raison d‘échecs douloureux. Néanmoins, il est peu probable que la prochaine législature soit marquée par des bouleversements en ce qui concerne les questions de sécurité.

Le 20 octobre 2019 a été marqué par un changement substantiel du rapport de forces entre les partis au Conseil national. La chambre basse de l’Assemblée fédérale est devenue plus écologique, plus à gauche, plus féminine, plus jeune et surtout plus ouverte sur le plan socio-politique. Ce changement de rapport de forces a également une influence sur la composition des commissions. Comment la Société suisse des officiers (SSO) analyse-t-elle la nouvelle situation ? Qu’est-ce que cela signifie en particulier pour la politique de sécurité et l’armée ? Quels effets cela induira-t-il sur les alliances envisageables ?

La sécurité et l’armée ? Deux non-sujets
La SSO, ses sections cantonales d’officiers (SCO) et ses sociétés d’armes ont fait tout leur possible pour mettre en avant des candidates et des candidats compétents, loyaux envers notre armée de milice et qui défendent constamment la sécurité et la prospérité de notre pays. Cependant, la sécurité et l’armée ont rarement été aussi peu évoquées que lors de ces dernières élections fédérales. Ces thèmes, comme beaucoup d’autres, ont été complètement submergés par l’urgence climatique et sont devenus des non-sujets. Pas de chance !

De nouvelles discussions budgétaires fastidieuses ?
Traditionnellement, les Verts n’accordent que peu de moyens à la défense nationale. Il ne sera probablement pas plus facile à l’avenir d’obtenir les moyens financiers nécessaires pour l’armée. Au contraire : le camp rose-vert mettra certainement tout en œuvre pour relancer les débats fastidieux autour des coupes budgétaires. Cependant, le SSO est convaincue qu’ils ne seront pas couronnés de succès. Pourquoi ?

De meilleures chances d’unité du camp bourgeois
La SSO s’attend à ce que le camp bourgeois retrouve enfin son unité, ce qui lui a souvent fait défaut au cours de la législature 2015 – 2019 (voir par exemple la critique émise par la SSO dans l’ASMZ 09/2018, p. 31), et prenne ainsi l’ascendant sur la gauche dans les débats sur la politique de sécurité. Le PDC, le parti de Madame la conseillère fédérale Viola Amherd, cheffe du DDPS, devrait tirer profit du nouveau rapport de forces qui prévaut au sein du Conseil national. De nouvelles marges de manœuvre et options s’ouvrent pour le PDC, dès lors que les représentants du PBD et du PEV ont désormais rejoint son groupe parlementaire. Comme auparavant, le PDC peut former des alliances avec l’UDC et le PLR ou obtenir des majorités de centre-gauche, quasiment à sa guise. Un rôle similaire pourrait revenir aux Vert’libéraux – peu perceptibles jusqu’à présent – à condition que le PDC demeure la force politique la plus puissante au sein du Conseil des États. Si le PDC fait ce qu’il faut, il pourra à l’avenir être encore plus influent qu’auparavant sur la politique fédérale, en l’occurrence sur la politique de sécurité et la politique militaire.

Pas de changement pour les objets soumis au référendum
Par conséquent, la situation de départ relative à la politique de sécurité au sein du Parlement est tout à fait acceptable. L’alliance de centre-droite est en mesure d’obtenir une nette majorité de 115 voix au Conseil national. Les partisans de l’armée détiennent une longueur d’avance sur les questions soumises au référendum en 2020, que ce soit concernant l’acquisition de nouveaux avions de combat (NKF) ou la révision de la loi sur le service civil. Ils peuvent également faire barrage à l’interdiction d’exporter du matériel de guerre. Par contre, ce Conseil national 2019 – 2023 est un peu moins prévisible en ce qui concerne les conditions d’accès au service civil voulues plus strictes. Malgré tout, les chances des dossiers relatifs à la politique de sécurité sont intactes, en particulier pour le plus important, le vote sur le NKF du 27 septembre 2020. C’est jouable !


La discussion sur l’augmentation du nombre de femmes dans l’armée prend de l’ampleur !
C’est réjouissant ! La SSO soulignait depuis des années la proportion extrêmement modeste de femmes (0,7%) accomplissant du service militaire et l’immense perte de potentiels que cela représente pour l’armée. La SSO a présenté récemment à la cheffe du DDPS des propositions claires ainsi qu’un catalogue de mesures concrètes et variées sous le titre « Programme en 4 points pour la promotion des femmes » (voir par ex. l’ASMZ 08/2019, p. 35). Cette question semble prendre de l’ampleur également au sein de l’opinion publique. Des représentantes des mondes de la politique et de l’économie ainsi que de la société civile et de l’armée discutent aussi de plus en plus souvent de ce sujet à diverses occasions, notamment dans le cadre de podiums de discussion. C’est à saluer ! La SSO est consciente de son rôle de chef de file et discutera avec le DDPS des étapes de mise en œuvre possibles. De plus, il y a de fortes chances que le comité de la SSO compte bientôt à nouveau une femme dans ses rangs.

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