Maturité et réalisme à l’Autrichienne en matière de politique de sécurité

Denis FroidevauxAinsi donc ce week-end quelque 60% des votants Autrichiens se sont exprimés contre la suppression de l’obligation de servir, donc contre une armée professionnelle.

L’Autriche se trouve dans une situation fort différente de celle de la Suisse, non seulement sur un plan historique mais aussi sur un plan géopolitique. Membre de la communauté européenne elle a conservé son statut de neutralité. Cette contradiction de fait démontre de manière on ne peut plus claire l’extraordinaire vide que représente l’Europe en matière de politique de sécurité, mais ça c’est un autre sujet. Chez les Autrichiens la volonté de déconstruire l’armée par les plus hautes autorités, Chancelier et Ministre de la défense s’est manifestée avec une rare détermination, soutenue en cela par une presse dont l’objectivité n’est apparemment pas la qualité première. 

Le chef d’Etat major de l’armée s’est même vu dans l’obligation de démissionner car en totale contradiction avec le ministre lui-même objecteur de conscience !

Or le résultat sans appel démontre à l’évidence que le peuple Autrichien ne s’est pas laissé berner par des arguments fallacieux et par un concept pourtant assez clair, à savoir passer de la milice au système professionnel. Aux Autrichiens de tirer les conséquences politiques de l’échec de leur plus hautes autorités.

Alors quelles conséquences tirer pour la campagne contre la campagne contre l’initiative du GSsA qui vise à supprimer l’obligation de servir, sur laquelle le peuple suisse votera probablement en novembre 2013 ?

D’abord qu’il faut prendre au sérieux toute forme d’action qui vise à affaiblir notre politique de sécurité en général et l’armée en particulier. Ne vous y trompez pas c’est bel et bien l’objectif de ce mouvement apolitique d’extrême gauche qu’est le GSsA. Le GSsA est une véritable machine à produire des initiatives et des référendums, et cette machine ne se laisse absolument pas décourager par ses échecs répétés. Appliquant le combat d’usure, ses membres savent bien qu’en frappant sans cesse sur ce même clou, ils arriveront un jour à leur fin pour autant que l’adversaire baisse la garde. A ce titre souvenons nous qu’il est toujours plus aisé de proposer la suppression d’une obligation plutôt que de se battre pour la maintenir !

Ensuite qu’il s’agira dans le cadre de la campagne de présenter de manière factuelle les arguments en faveur du maintien de l’implication du citoyen dans la production de sa propre sécurité. Ces arguments sont nombreux mais devront être exprimés de manière compréhensible vis-à-vis de deux public cible clef que sont les femmes et les jeunes.

En voici quelques uns au titre de rappel :

  • Le modèle de servir doit toujours être corrélé à une stratégie politique et sécuritaire. Les pays qui ont choisi d’abandonner, ou de suspendre à l’instar de la France ou de l’Allemagne, l’obligation de servir, ont fait le choix de produire leur sécurité bien au-delà de leurs frontières politiques. A ce jour ce n’est pas le modèle retenu par la Suisse, du moins à ma connaissance.
  • Une milice volontaire n’a rassemblé en Allemagne après l’abandon de la conscription obligatoire que 14% des jeunes allemands (service militaire et service civil) Ce % ramené à l’échelle suisse signifierait 4’900 personnes par année soit 5 fois moins qu’aujourd’hui. Toujours en Allemagne, seul 0,5% des effectifs potentiels ont été recrutés pour le service civil volontaire !
  • Le recrutement de volontaire sous l’angle qualitatif ne fonctionnera pas non plus ! il est évident que les meilleurs éléments privilégieront leur carrière, leur famille, leurs finances et au diable le besoin commun !
  • A terme la sélection des cadres subira un nivellement par le bas très dangereux pour la qualité des prestations
  • L’équilibre (très précaire actuellement) entre les différentes régions du pays, entre les langues, les cultures, les couches sociales sera difficile à assurer
  • Un exemple existe dans notre pays à propos de la milice volontaire, ce sont les femmes dans l’armée. Respect à elles, mais avec à peine 100 engagements par année on perçoit bien les limites d’un tel système fondé sur le volontariat.
  • Le GSSA propose un modèle fantôme. En effet l’armée volontaire n’existe dans aucun pays comparable à la Suisse. Il est donc pour le moins critiquable de vouloir remplacer un modèle certes perfectible qu’est l’obligation de servir actuelle, par un système qui n’existe pas !

Le volontariat signifierait que la seule réserve stratégique physique du pays, dans un système sécuritaire de beau temps, n’est pas en mesure de garantir de répondre aux besoins. Plus tard, avec moins de moyens, moins longtemps seraient les conséquences opérationnelles de cet affaiblissement. Si l’on est un tant soit peu honnête, on doit admettre qu’aucun canton ne peut se passer du principe de subsidiarité, aucun canton ne peut imaginer se passer de cette réserve stratégique qu’est l’armée. Il est donc évident que ce modèle constituera un report de charges sur les cantons dont les conséquences sont incalculables en terme financier et en termes de ressources. C’est une profonde remise en cause de l’architecture sécuritaire suisse dans son ensemble.

Enfin que tout reste à faire dans la bataille du sens, autrement formulé qu’il faudra bien se rendre à l’évidence. Dans un pays épargné depuis plus de 100 ans par les douleurs et les drames que d’autres ont connus, la population a un profond besoin qu’on lui explique, qu’on lui réexplique ce qu’est la politique de sécurité, quels buts elle poursuit et surtout qu’elle sacrifice elle implique. Et sur ce terrain là il faut le dire clairement, le malaise politique actuel autour de la politique de sécurité en général et de l’armée en particulier, de ses budgets, de son organisation, de ses équipements et de son rôle dans un monde prétendu sans menace, n’aidera pas à faire voter les citoyens dans le bon sens !

Sans passer par cette case de vulgarisation, le risque est grand de voir apparaître une fracture entre la population et ses institutions sécuritaire. Et n’en déplaise aux chantres de la pensée Bisounours qui peuple les rangs du GSsA, la Suisse n’est pas à l’abri des affres de l’histoire pour l’éternité et ça le peuple suisse est suffisamment mature pour l’entendre et le comprendre.

Mais au-delà de la dimension sécuritaire du choix offert à la population de ce pays, c’est bien un modèle de société qui est en jeux à savoir : quel modèle de société voulez-vous ? Celui fondé sur l’implication du citoyen dans le destin collectif, ou celui du tout à l’Etat.

Nul doute que le citoyen suisse saura faire le bon choix.

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